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Les indicateurs de performance liés à la loi de finances au Maroc

Par le Professeur Slimani Moulay Abdellah Dans un contexte marqué par l’intensification des exigences de transparence, d’efficacité et de redevabilité, la réforme des finances publiques au Maroc s’inscrit dans une dynamique structurelle profonde visant à transformer la gestion budgétaire classique en un véritable levier de performance publique. L’introduction des indicateurs de performance dans la loi …

عثمان منجي الدينبقلم عثمان منجي الدين4 د قراءة
Les indicateurs de performance liés à la loi de finances au Maroc
Les indicateurs de performance liés à la loi de finances au Maroc
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Par le Professeur Slimani Moulay Abdellah

Dans un contexte marqué par l’intensification des exigences de transparence, d’efficacité et de redevabilité, la réforme des finances publiques au Maroc s’inscrit dans une dynamique structurelle profonde visant à transformer la gestion budgétaire classique en un véritable levier de performance publique. L’introduction des indicateurs de performance dans la loi de finances, portée par la Loi Organique relative à la Loi de Finances (LOF), constitue ainsi une rupture paradigmatique, traduisant le passage d’une logique de moyens à une logique de résultats, au cœur des standards internationaux de bonne gouvernance.

À l’échelle internationale, la mondialisation économique et la standardisation des pratiques financières ont conduit les États à repenser leurs systèmes budgétaires. Sous l’impulsion des institutions financières internationales, la performance publique est désormais mesurée, évaluée et comparée, imposant aux administrations une rationalisation accrue de leurs dépenses et une optimisation de leurs politiques publiques. Le Maroc, en adoptant cette démarche, s’aligne sur les modèles de gestion publique moderne inspirés notamment du New Public Management, qui valorise l’efficacité, l’efficience et la qualité du service rendu au citoyen.

Au niveau national, cette réforme trouve son fondement dans la Constitution de 2011, qui consacre les principes de bonne gouvernance, de reddition des comptes et de corrélation entre responsabilité et contrôle. L’article 156 impose ainsi aux services publics de rendre compte de leur gestion, tandis que les dispositions relatives à la régionalisation avancée renforcent la nécessité d’une gestion territorialisée et performante des ressources publiques. La LOF vient opérationnaliser ces principes en instituant un cadre normatif structuré autour des programmes budgétaires, des objectifs stratégiques et des indicateurs mesurables.

La notion de performance, dans ce cadre, se définit comme la capacité de l’action publique à atteindre des objectifs prédéfinis en optimisant les ressources mobilisées. Elle repose sur une démarche de pilotage stratégique intégrant un diagnostic, une décision, une planification, un déploiement et un contrôle. Cette approche systémique permet de structurer l’action publique autour de programmes cohérents, chacun assorti d’objectifs précis et d’indicateurs chiffrés permettant d’en mesurer les résultats.

Les indicateurs de performance constituent ainsi l’outil central de cette réforme. Ils se déclinent selon une typologie rigoureuse : indicateurs de moyens, d’activités, de produits, de résultats et d’impacts. Cette classification traduit une chaîne logique reliant les ressources mobilisées aux effets socio-économiques générés. Les indicateurs de moyens mesurent les ressources engagées, tandis que les indicateurs d’activités et de produits évaluent la mise en œuvre opérationnelle. Les indicateurs de résultats et d’impacts, quant à eux, permettent d’apprécier l’efficacité réelle des politiques publiques sur les citoyens et l’économie.

L’analyse des exemples sectoriels révèle la portée transversale de cette approche. Dans le secteur de la santé, les indicateurs portent sur l’accès aux soins, la couverture médicale ou encore la gestion des risques sanitaires. Dans l’éducation, ils mesurent la scolarisation, la réduction de l’abandon scolaire et la qualité de la formation. Dans l’agriculture, ils concernent la modernisation de l’irrigation et l’amélioration des revenus agricoles. Cette diversité illustre la volonté de l’État d’intégrer la performance dans l’ensemble des politiques publiques, en tenant compte des spécificités sectorielles.

Toutefois, malgré les avancées significatives enregistrées, notamment en matière de structuration budgétaire par programmes, de responsabilisation des gestionnaires et de généralisation progressive de la programmation pluriannuelle, certaines insuffisances persistent. L’absence de stratégies formalisées dans certains départements, la prédominance d’indicateurs de moyens au détriment des indicateurs de résultats, ainsi que les difficultés liées à la pertinence et à la documentation des indicateurs, constituent autant de limites qui entravent l’efficacité optimale du dispositif.

Sur le plan économique, cette réforme s’inscrit dans une logique d’optimisation des ressources publiques et de maîtrise des dépenses, en cohérence avec les théories de l’efficience allocative et de la gestion budgétaire par objectifs. Elle vise à maximiser l’impact socio-économique de chaque dirham dépensé, tout en renforçant la soutenabilité des finances publiques. Sur le plan juridique, elle traduit une évolution vers un droit budgétaire orienté vers la performance, intégrant des mécanismes d’évaluation et de contrôle parlementaire renforcés, notamment à travers le Projet de Performance (PDP) et le Rapport de Performance (RDP). Sur le plan social, elle répond à une exigence croissante de qualité des services publics et de réduction des inégalités, notamment à travers l’intégration de la dimension genre dans l’élaboration des politiques publiques.

les indicateurs de performance liés à la loi de finances ne constituent pas un simple outil technique, mais un véritable instrument de transformation de l’action publique. Ils traduisent une mutation profonde vers un État stratège, responsable et orienté vers les résultats, capable de répondre aux attentes des citoyens et aux défis du développement durable. Néanmoins, la réussite de cette réforme demeure conditionnée par le renforcement des capacités institutionnelles, l’amélioration de la qualité des données et l’appropriation effective de la culture de performance par l’ensemble des acteurs publics.